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Être une femme dans un secteur d'homme

17 septembre 2019
A la une

Nous avons rencontré Madame Zouina Nicolaï, 57 ans, directrice gérante du « Garage de l'Europe », situé dans le département de la Seine-Saint-Denis, à Montreuil.

Zouina obtient d'abord un BEP Comptabilité et poursuit ses études à l'université où elle valide un Diplôme de Langue et Civilisation Italiennes (DLCI). Ce parcours ne l'orientait pas d'emblée vers le secteur automobile. Pourtant, quand elle arrive sur le marché de l'emploi en 1982, c'est un garage qui l'embauche.


Elle découvre le secteur automobile. Ce milieu lui plaît. Fidèle à son poste de secrétaire comptable, elle se prend de passion pour cet univers. Peu à peu, les bases de la mécanique n’ont plus de secrets pour elle. Elle apprend à faire des vidanges, changer les plaquettes de freins, les disques, les roues, etc. Son œil avisé lui permet de diagnostiquer très vite les problèmes.


Elle ne quittera plus le milieu automobile et travaillera dans le même garage durant plus de 20 ans. Progressivement, l’idée de monter sa propre entreprise germe en elle.
C’est en 2009 qu’avec quelques associés, Zouina Nicolaï trouve et acquiert le garage dont elle est aujourd’hui dirigeante.

Garage Zouina

Aujourd'hui, ils sont cinq à travailler au Garage de l'Europe. Zouina en est la gérante et le dirige avec un associé. Elle est la seule femme de la structure.

Interview

"Etre une femme est une place à part qui nécessite d'établir la confiance et de gagner le respect de ses collègues masculins"

Zouina

Les difficultés d'être une femme dans le secteur automobile

Le Conseil National des Professions Automobile (CNPA) évalue à 78% la part des employés hommes dans la branche des services de l'automobile. Dans un milieu en effet notoirement masculin, nous nous sommes demandés ce que pouvait signifier pour une femme que d'y travailler : quelles en sont les difficultés particulières ? Au contraire, cela peut-il constituer un avantage ?

 

Prenez dix garagistes au hasard, il y aura près de huit hommes et seulement deux femmes. Quelles sont les causes d'une telle disproportion ?

 

Sans surprise, Zouina évoque un milieu souvent machiste qui véhicule de nombreux préjugés et stéréotypes à la faveur desquels une femme « n'aurait pas » sa place dans ce secteur et encore moins dans un atelier. Le monde automobile « ne serait pas » fait pour les femmes, elles « ne pourraient pas » être de bonnes mécaniciennes, elles « n'auraient pas » la force physique nécessaire, etc.

Être une femme et travailler dans un garage n'est pas encore entré dans les mœurs, ce n'est pas dans les représentations d'usage. Face à ce phénomène, les femmes elles-mêmes se censurent. La mécanique serait « sale ». En réalité, beaucoup ont peur d’être confronté à des hommes pas toujours délicats.


La surreprésentation masculine du secteur existe dès l'école. Dans l'enseignement professionnel, en mécanique, électricité et électronique, on constate une écrasante majorité d'hommes, puisque l'effectif féminin y est inférieur à 5%.  

 

Les clichés sexistes n'incitent pas les femmes à faire carrière dans ce milieu. Et celles qui le désireraient semblent condamnées à devoir surmonter un certain nombre de difficultés.

 

 

Le témoignage de Zouina : « Une place à part qui nécessite d'établir la confiance »

 

Si Zouina déplore ce phénomène et aimerait que cela change, elle est néanmoins bien consciente des difficultés d'être une femme dans ce milieu-là.  A l'appui, elle nous raconte l'amère expérience de son ancienne apprentie mécano.

 

« C'était il y a quelques années, nous avions embauché cette apprentie, et j'étais plutôt contente d'avoir une femme dans l'équipe. Malheureusement, elle n'est pas restée bien longtemps... Ses homologues masculins manquaient souvent de tact. Certains, emplis de préjugés, avaient la dent un peu dure et ne la considéraient pas comme une des leurs ; d'autres, la taquinaient et la draguaient un peu trop ouvertement. La pauvre, elle a craqué ».

 

Préparer les jeunes filles à un monde aussi machiste n'est pas une mince affaire. L'expérience de Zouina nous prouve cependant qu'il est possible de surmonter les préjugés et même de s'épanouir dans ce milieu tout en étant une femme.

 

Zouina, en effet, tient manifestement sans aucun problème les rênes de son garage. C'est une grande famille, me dit-elle. « Je me sens responsable de mes employés, et, en retour ils me bichonnent. Je suis attentive à leur bien-être et j'écoute leurs problèmes même quand ils sont d'ordre extra-professionnel. »

 

Elle reconnaît aussi qu'« être une femme est une place à part qui nécessite d'établir la confiance et de gagner le respect de ses collègues masculins. » Mais, une fois ces bases acquises, « être une femme dans un milieu d'homme présente un avantage. On est mieux considéré. » Zouina, femme énergique et à fort caractère, ajoute : « ce n'est vraiment pas un problème pour moi, je préfère travailler avec des hommes. Avec eux, le contact est franc et direct. J'apprécie beaucoup. »

 

  Des préjugés encore présents, mais en voie de disparition progressive

Dans le milieu automobile, le sexisme ordinaire, quand il existe, rend les hommes spontanément méfiants à l'endroit des femmes. Leurs présences sont de fait souvent vécues comme intrusives. Elles souffrent, aux yeux de beaucoup d'hommes, d'un déficit très clair en termes de légitimité, de crédibilité, de compétence.

 

Pour autant, cela n'interdit pas aux femmes l'accès à cet univers, mais cela les oblige à faire preuve de caractère et d'une détermination particulière. Pour se faire respecter, elles sont hélas tenues de parfois bien cadrer leurs collègues pour éviter les débordements. Cette gestion du sexisme ordinaire, certaines s'en accommodent sans difficultés, d'autres la vivent moins bien.  

 

Les obstacles sont avant tout d'ordre psychologique et si les préjugés sont tenaces, il s'agit de les démonter et d'en démontrer la fausseté. Quant à la principale objection de la moindre force physique, elle perd de sa consistance avec l'automatisation des outillages et la mutation progressive d'un certain nombre de compétences.


L'émergence des nouvelles technologies dans les véhicules [lien article électronisation] et des outils dédiés exigent en effet des qualités en théorie exemptes de toute discrimination fondée sur l'appartenance à tel ou tel sexe : une grande rigueur, une attention au détail, une volonté manifeste de s'adapter aux évolutions permanentes et de monter en compétences.

 

 

Une filière demandeuse de mécaniciennes rigoureuses et appliquées

 

Sur les quelques 20% de femmes qui officient dans la branche des services de l'automobile, les trois quarts d'entre elles sont cantonnées aux postes administratifs, selon le CNPA. Cela en laisse peu qui s'appliquent à la mécanique dans les ateliers.  

 

Les mécaniciennes constituent un profil particulièrement rare, qui pourtant est de plus en plus recherché.  

 

Pour Zouina, notamment, avoir une femme mécanicienne à son service serait un indéniable atout. En effet, compte tenu des préjugés en vigueur, elles doivent plus que les hommes démontrer leur légitimité, et en général elles se démarquent sur le terrain même de la qualité, en faisant preuve d'une grande méticulosité et en apportant un soin tout particulier à leur travail. De ce fait, « les femmes assimilent souvent mieux que les hommes. Notamment en ce qui concernent les rapports de géométrie et les mesures, elles sont plus consciencieuses et souvent plus soignées. »

 

Malheureusement, à la différence de leurs collègues hommes, elles sont si rares dans le milieu qu'il est souvent attendu d'elles qu'elles soient irréprochables.

 

Si Zouina n'emploie pas de femme actuellement, ce n'est pas par choix mais tout simplement parce que très peu de femmes font la démarche de se présenter à son garage. Pourtant, elle aimerait.

C'est dommage, me dit-elle, car les mécaniciennes sont souvent autant compétentes que leurs homologues masculins. Elle espère que les formations et l'ensemble des acteurs de l'automobile lancent des campagnes d'informations à destination des femmes pour lutter contre l'autocensure et les clichés sexistes. Alors, avec une modification en profondeur des mentalités, la parité homme-femme devrait peu à peu gagner du terrain.
 
De fait, il y a une volonté de la filière d’attirer plus de femmes. Harry Salamon, directeur général de la branche “vans” de Mercedes Benz France, le souhaite également : « Oubliez les clichés du passé et prenez possession de cet espace où la femme a toute sa place. »

Zouina espère que les mentalités vont suivre. Ce qui importe avant tout, c'est de promouvoir un secteur et de valoriser une activité indépendamment du genre de la personne qui l'exerce.

Par ailleurs, la mixité représente un formidable levier de compétitivité pour les garages : les clientes, pas toujours très à l'aise, aiment y avoir des interlocutrices. Beaucoup se sentent alors davantage écoutées et en confiance. Une meilleure représentation des femmes dans les garages améliore la relation avec les clientes et constitue un indéniable élément de fidélisation.

 

 

Picto

Conseils pratiques
à destination
des femmes

  • Ne rien lâcher, croire en soi et en sa passion
  • S'affirmer et ne pas hésiter à recadrer les choses si nécessaire
  • Se rapprocher des autres femmes garagistes, les concepts de « garage au féminin » se développent !
  • Constituer un réseau de femmes garagistes
  • Mettre en avant sa qualité de service et son professionnalisme
  • Être une pionnière à l'avant-garde de l'évolution des mentalités !